Bilal (islam)
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Bilal Ibn Rabah, (en arabe بلال بن رباح ), plus connu sous le nom de Bilal Al-Habashi, fut l'un des premiers compagnons du prophète Mahomet et le premier muezzin de l'islam. Il aurait été le premier Noir et le premier esclave à embrasser l'islam après son affranchissement par Abou Bakr.
Sommaire |
[modifier] Nobles racines abyssiniennes
En Arabie, autour de La Mecque, vivaient de nombreuses tribus d’idolâtres dont la riche et puissante tribu d’éleveurs et d’agriculteurs des Bani Jumuh. Dénuées de morale, toutes ces tribus s’adonnaient aux razzias, au pillages et à l’esclavage. Rabah était l’un des esclaves des Bani Jumuh. Son intégrité, sa moralité et sa conduite irréprochable lui avaient valu la supervision de la propriété de la tribu.
En 571 de l'ère chrétienne, l'Abyssinie (Ethiopie) était une grande puissance dirigée par Gabra Masqal, Negus (roi) d'Aksoum (ou Axoum). Le Negus avait confié l'expansion de son empire dans la région à Abrahah Al-Achram, prince chrétien chef de l'armée abyssinienne. Après avoir soumis le Yémen dont il devint roi, Abrahah Al-Achram s'affranchit de l'autorité du Negus et résolut d'annexer la région mecquoise. Il construit, à Sanaa (capitale du Yémen), une magnifique cathédrale orthodoxe que les Arabes surnommèrent Al-Qalis (l'église). Afin de récupérer les bénéfices commerciaux des pélérinages arabes vers la Ka'aba, Abrahah Al-Achram leur proposa sa nouvelle cathédrale comme lieu de pèlerinage. Offusqués, les Arabes profanèrent et brûlèrent la cathédrale. Par volonté d'anéantir la concurrence commerciale plus que pour venger l'insulte, Abrahah Al-Achram marcha sur La Mecque avec 60 000 hommes et treize éléphants avec pour but de détruire la Ka'aba[1].
Noufayl Ibn Habib, chef de la tribu des Bani Kath'am, tenta de les stopper sans succès. Ils attaquèrent le cortège de Hamamah, la nièce d'Abraha (la fille de sa sœur). S'appropriant le butin, ils offrirent Hamamah aux Bani Jumuh qui la réduisirent en esclavage. C'est ainsi que Hamamah rencontra Rabah. Au su de leurs affinités, Khalaf, le chef de la tribu, les maria. Deux fils, Bilal et Khadid, et une fille, Ghufrah, naquirent de cette union. A la mort de Khalaf, son fils aîné, Omayyah, craint et respecté, lui succéda. Quand son père décéda, Bilal, devenu adulte, se chargea de sa famille. Apprécié d’Omayyah, il fut nommé à la supervision de la propriété et du temple des idoles de la tribu.
[modifier] La conversion du gardien du temple des idoles
Quand Mahomet divulgua son message, peu d'adeptes répondirent à l'appel mais grande était leur ferveur. Les chefs de tribu inquiets pour leur pouvoir cherchaient à tuer Mahomet et ainsi annihiler l'islam naissant [2]. A l’inverse, leur opiniâtreté révélait leur crainte de cette nouvelle croyance, et contribuait à l'extension de l'islam aux autres classes sociales. Bilal, alors surveillant du temple des idoles, croyait en ces statues façonnées par l’homme. Pourtant, comme les autres, il fut ébranlé. Comment ces statues de pierre, incapables de se protéger, pouvaient être les créateurs du monde ? Forcé d'accepter l’idolâtrie, les quelques doutes qui lui subsistaient furent ravivés par l’appel de Mahomet. Bilal savait que Mahomet venait souvent prier près de la Ka'aba à la nuit tombée. Finalement convaincu de la véracité de son message, il se hâta vers la Ka'aba où il trouva Mahomet et son cousin, Ali, en prière. Leur prière terminée, il embrassa la main de Mahomet et fit chahada pour se convertir à l'islam.
Omayyah Ibn Khalaf était de ces chefs de tribu qui conspiraient contre l'islam. Lorsqu'il apprit la conversion de Bilal, il entra dans une rage terrible et lui ordonna de renier sa nouvelle croyance. Bilal refusa : «Je ne crains pas d'affirmer ma foi. Je n'ai nulle intention de l'abjurer. Je suis ton esclave mais je reste libre de choisir ma croyance». Ces paroles décuplèrent la colère d'Omayyah qui déchaîna contre lui toute sa violence et résolut de le torturer pour le faire abjurer. Mais à l'inverse, ce traitement renforça la foi de Bilal. Devant sa résistance, Omayyah imagina une torture qui résulterait de son abjuration ou de sa mort. Il fit emmener Bilal dans le désert, étendre sur des pierres brûlantes et poser sur sa poitrine un énorme rocher brûlant tout en le faisant fouetter. Mais à sa grande déception, malgré son affaiblissement, Bilal ne trouvait la force de murmurer que «Ahad» (Allah est Un). Cette scène de torture quotidienne finit par attirer des spectateurs et la résistance de Bilal forçait l'admiration. Plus Omayyah persistait dans sa cruauté, plus Bilal se réfugiait profondément dans sa croyance, espérant la mort telle une délivrance divine.
[modifier] Délivré sur requête de Mahomet
La mésaventure de l'infortuné Bilal était sur toutes les lèvres de la région mecquoise. Mahomet qui s'inquiétait pour lui, cherchait le moyen de le sortir de cette situation. Il se résolut à demander de l'aide à ses compagnons : «Si l'un de vous peut acheter et affranchir Bilal, ce problème serait peut-être résolu». C'est Abû Bakr qui s'y engagea. Au bout de longues tractations au cours desquelles il proposa d'échanger Bilal contre l'un de ses plus robustes esclaves, Abu Bakr réussit à convaincre Omayyah de lui vendre Bilal. La légende dit qu'Abu Bakr aurait acheté Bilal contre neuf pièces d'argent. Et Bilal rejoignit Mahomet.
Désormais identifié comme adepte de l'islam et compagnon de Mahomet, Bilal subissait les mêmes persécutions que ses coreligionnaires. Lors de l'Hégire en 622 après J.-C., il suivit Mahomet à Yathrib, future Médine, et travailla avec les autres musulmans à la construction de la première mosquée.
[modifier] Le premier adhân
A la fin de l'édification de la première mosquée, à Médine, il fallait appeler les fidèles à la prière. C'est donc en l’an I de l’Hégire, que la décision fut prise quant au moyen de rappeler aux croyants l’heure des prières. A ce sujet, l’Envoyé de Dieu et ses compagnons passèrent en revue quelques procédés tels que l’usage du cor en vigueur chez les Juifs, ou de la cloche à la manière des Chrétiens. Les deux idées furent toutefois rejetées. L’opinion avancée par ‘Abd Allâh Ibn Zayd fut retenue.
«Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! (Allah est le plus Grand ! Allah est le plus Grand) Ach-hadou an lâ ilaha illa lâh ! (Je témoigne qu’il n’y a de vraie divinité sauf Allah) Ach-hadou an lâ ilaha illa lâh ! (Je témoigne qu’il n’y a de vraie divinité sauf Allah) Ach-hadou anna Mouhammadan rasouloul-lâh (Je témoigne que Mahomet est le messager d’Allah) Ach-hadou anna Mouhammadan rasouloul-lâh (Je témoigne que Mahomet est le messager d’Allah) Hayya ‘alas-salâ (Venez à la prière) Hayya ‘alas-salâ (Venez à la prière) Hayya ‘alal-falâh (Venez à la félicité) Hayya ‘alal-falâh (Venez à la félicité) Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! (Allah est le plus Grand ! Allah est le plus Grand) lâ ilaha illa lâh ! (il n’y a de vraie divinité sauf Allah). »
Lors du choix du muezzin, Mahomet, qui avait remarqué la magnifique voix de Bilal, le chargea de lever l'adhan [3]. C'est ainsi que Bilal Al-Habashi devint le premier muezzin. En 623, à la bataille de Badr qui vit la victoire des musulmans sur les polythéistes [4], il combattit et tua son ancien maître, Omayyah Ibn Khalaf. Ce fut encore lui que Mahomet chargea de lever le premier adhân de La Mecque, du haut de la Ka'aba, lors de leur entrée triomphante dans la ville. Quand la Ka'aba fut ouverte, seul Bilal eût le droit d'accompagner Mahomet à l'intérieur.
[modifier] L'exil du muezzin
A la mort de Mahomet le 8 juin 632, Bilâl était effondré. Lever l'adhan était devenu un supplice pour lui. Ses souvenirs avec le prophète Mahomet l'assaillaient et l'empêchaient d'y mettre toute sa joie d'appeler les fidèles à la prière. Il demanda alors à Abû Bakr de le décharger de l'adhan. Puis, il finit par revendiquer sa liberté auprès d'Abû Bakr, quitta Médine pour s'exiler en Syrie. Selon l'historien Tabari, Bilâl n'a jamais pu se marier à Médine. à cause de sa condition d'esclave et de sa couleur de peau. Il s'enrôla dans l'armée levée par le second calife de l'islam, Omar Ibn Al-Khattâb, et participa à la conquête de Jérusalem, en 638. Du haut d'un plateau du Golan, alors qu'il refusait de lever l'adhân depuis la disparition du prophète, Bilâl accéda à la supplique d'Omar Ibn Al-Khattâb et lança un appel si émouvant qu'il arracha des larmes à tous les musulmans alentours.
[modifier] Une mort annoncée
Vers la fin de sa vie, Bilâl s'installa à Damas, en Syrie où il se maria. Quelque temps avant sa mort, Mahomet lui dit en songe : « Pourquoi cet éloignement, Bilâl ? N’est-il pas temps pour toi de me rendre visite ? ». Il prit immédiatement le chemin de Médine dont il s'était éloigné depuis sept ans. A son arrivée, il fut accueilli dans la joie par la famille de Mahomet. Hussein et Hassan, les petit-fils de Mahomet, lui demandèrent de lever l'adhân le lendemain matin. A l'aube, Bilâl monta sur le toit de la mosquée et lança un appel qui bouleversa tout Médine.
Peu après, Bilâl regagna Damas. Lorsque sa mort lui fut annoncée, Bilâl aurait dit à son épouse : « Ne dis pas quelle calamité ! Mais dis plutôt quelle gaieté ! Demain je rejoindrai mes bien-aimés, Mahomet et ses Compagnons. » Abû Nu`aym affirme dans Hilyat Al-Awliyâ’, ouvrage encyclopédique, que Bilâl était le secrétaire du Prophète et qu'il avait le même âge qu'Abû Bakr. Il est enterré à Damas près de Bab as Saghir. Ses dates de naissance et de mort font l'objet de désaccord entre historiens. Pour certains, il serait né en l'an 53, pour d'autres, en 43 avant l'Hégire. Par contre, ils s'accordent à dire qu'il serait mort pendant le califat de Omar Ibn Al-Khattâb, vers 641, mais restent partagés sur son âge (60 ou 70 ans).
L'appel à la prière serait resté inchangé depuis le dernier adhân levé par Bilâl Al-Habashî à Médine. Mahomet choisit la voix humaine comme fédératrice de l'islam et c'est encore le cas aujourd'hui.
[modifier] Sources
a) Bilâl d'Afrique, le Muezzin du Prophète, traduit et édité par Abbas Ahmad al-Bostani, publié par la Cité du Savoir (Canada).
b) Ibn Hishâm, As-Sîrah An-Nabawiyyah, pages 1 et 2.
c) Ibn Al-Athîr, 'Usd Al-Ghâbah fî Ma`rifat As-Sahâbah', volume 1, pages 243-245.
d) Ibn Hajar Al-`Asqalânî, Al-Isâbah fî Tamyîz As-Sahâbah, entrée 736. Une version électronique est disponible sur www.muhaddith.com [1].

